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Passion des chevaux, de l’attelage et du patrimoine hippomobile.
Une des catégoties traitera de la restauration des voitures pour partager nos connaissances et nos carnets d’adresse de fournisseurs ; cuir, charron...
Bourrellerie Delameilleure - Harnais
Pour le meneur de tradition : sa propre fabrication de harnais de tradition classiques
Pour le meneur de marathon et de loisir : les harnais ’Ideal Equestrian’
Pour les passionnés de voitures hippomobiles d’époque : toutes restauration de cuir et de sellerie
La fabrication d’étuis de tuba, de porte-parapluies, etc
par Jacques DAMASE.
Tout le monde connaît Cendrillon, la citrouille creusée et changée en un beau carrosse doré. Pour toute personne raisonnable, si le carrosse est un moyen de locomotion réel, il est aussi un accessoire important des contes de fées, beaucoup plus sûrement qu’aucune de nos somptueuses voitures contemporaines.
Madame d’Aulnoy dans l’Oiseau bleu casse un œuf , et aussitôt il en sort un petit carrosse d’acier poli, « garni d’or de rapport » attelé de six souris vertes conduites par un raton couleur de rose et un postillon gris de lin. Pour dormir dans le Cabinet des Echos, elle vend à Truitonne cinq sous le carrosse et son attelage souriquois.
Plus loin dans la Biche au Bois pour protéger la Princesse Désirée, on lui fait faire un carrosse de velours vert par dehors orné de grandes plaques d’or , et par dedans de brocard d’argent et couleur de rose rebrodée. Il est fort grand, il ferme mieux qu’une boite, et un seigneur « des premiers du royaume » est chargé des clefs qui ouvrent les serrures qu’on a mises aux portières.
La « carruca » ou « carrocha » était selon les uns une voiture romaine inventée du temps de l’Empire ; selon les autres, elle aurait été fabriquée par les Milanais au XIIème siècle. Voiture de ville, voiture de gala, dans laquelle se montraient les grands dignitaires, son nom passa dans toutes les langues modernes : carrosse, carrozza, carriage, etc.
Suétone rapporte que Néron traînait avec lui dans se voyages un millier de ces voitures. Héliogabale ornait les siennes de pierres précieuses et d’agréments en or. Il méprisait rapporte Lampride, les véhicules seulement enrichis d’ornements d’argent, d’ivoire, ou de cuivre.
Héliogabale attelait parfois à ses voitures, deux, trois ou quatre femmes des plus belles ayant le sein découvert, et par lesquelles il se faisait traîner. Mais le plus souvent, dit encore Lampride, en toute simplicité, il était nu ainsi que ces femmes. Empereur, il se faisait suivre de 600 voitures, alléguant que le roi des Perses voyageait avec 10 000 chameaux.
Des voitures à quatre roues ont existé depuis l’antiquité mais c’est surtout à partir des XVème et XVIème siècles quelles prennent petit à petit une nouvelle forme, et quelles se métamorphosent en ce qui sera appelé carrosse en général à partir de la fin du XVIème siècle.
Dans son journal, de l’Estoile raconte que le 24 juin de l’année 1584, le roi Henri III alla du Louvre à l’église Saint - Magloire pour répandre de l’eau bénite sur le corps de son frère le duc d’Alençon. Dans le cortège se voyait la reine » séant seule dans un carroche couvert de tanné après laquelle suivaient huit coches pleins de dames vestues de noir ».
C’est une des premières fois que l’on trouve le mot « carroche » dans un texte de l’époque. On avait utilisé auparavant l’expression de « char » plus tard de « chariot branlant » dés que la voiture fut suspendue, et enfin celle de « coche » au féminin ou au masculin, venant d’après Bullet d’un mot de la langue celtique.
Les gravures italiennes de la fin du XVIème siècle et du commencement du XVIIème, montrent une quantité considérable de voitures à quatre roues, traînées par deux, quatre, six et même huit chevaux. Elles ressemblent aux carrosses français de la même époque. La date de la plupart de ces gravures prouve que les carrosses ont dû être d’un usage assez répandu au XVIème siècle, surtout dans les grandes villes comme Naples, Florence, Rome et Milan. France vers 1600, on ne comptait que quelques carrosses (particulièrement celui du roi), qu’Henri IV partage avec sa femme et qu’il appelle « sa coche ». Une lettre du roi à l’un de ses favoris ne dit-elle pas : "je ne saurais vous aller voir aujourd’hui parce que ma femme se sert de ma coche ! "
Mais les guerres de religion étant apaisées, l’Edit de Nantes signé, la prospérité revient et avec elle un besoin nouveau de bien-être et de lux .Tant et si bien que le nombre des carrosses en 1610 se chiffre déjà à 325 à Paris. Celui du roi n’est pas de nature à éveiller les jalousies ni l’envie. C’est une large caisse peu élevée sur roues dans laquelle peuvent tenir huit personnes. Aux quatre angles des piliers de bois doré avec filets rouges soutiennent un dais. L’arrière de la voiture est tendu de tapisseries rouge et or. Au-dessous la caisse porte sculpté en plein bois l’écusson de France. Tel est ce chariot lourd et peu maniable dans lequel Henri IV est monté pour se rendre à l’Arsenal le 4 mai 1610. Il voulut qu’on levât les rideaux de cuir parce qu’il faisait beau temps et qu’il prenait plaisir à voir en passant les préparatifs qu’on faisait par toute la ville pour l’entrée de la reine. Ravaillac profita d’un embarras au coin de la rue de la Ferronnerie, sauta sur la marche pied et poignarda le monarque.
Ce n’est qu’en 1599, selon certains en 1620 selon d’autres, que le maréchal de Bassompierre ramena d’Italie le premier carrosse avec des stores en glaces. . Cela ne concernait que les petits carrosses, les autres avaient toujours de grandes portières ou des rideaux comme les coches, quoique depuis 1610on remplaçât par des panneaux devant et derrière les anciens rideaux d’étoffe et de cuir.
L’usage des voitures de luxe devint assez courant en France sous Louis XIII (quoiqu’il fût nécessaire d’être marié pour en posséder une) et passa dans tous les autres pays d’Europe. En 1619, le duc de Buckingham fut le premier en Angleterre qui osa atteler six chevaux à son carrosse. Le duc de Northumberland en mit immédiatement huit au sien par ironie… En Allemagne, en Espagne et au Portugal, le faste des carrosses fut porté à son comble.
Le duc Ernest-Auguste de Hanovre, qui avait une cour splendide, possédait en 1681, 50 carrosses à six chevaux. Les carrosses de Philippe II, du roi Pedro II du Portugal, du roi Jean V, certainement faits à Lisbonne et dont les peintures sont attribuées à Pierre Antoine Quillard, les trois carrosses d’apparat que ce même roi Jean V avait fait faire pour l’ambassade du marquis de Fontés auprès du pape Clément en 1716 sont remarquables par leurs sculptures, parmi lesquelles les groupes allégoriques du train arrière se distinguent tout spécialement.
Si ces carrosses allemands, portugais, italiens du XVIIème et du XVIIIème siècles sont empreints d’un baroque et d’un rococo toujours assez chargés, les carrosses français se distinguent _ relativement_ par leur légèreté et leur simplicité.
Louis XIV, roi depuis 1643, impose rapidement un cérémonial de cour et de cortège qui ne fer que favoriser l’embellissement des voitures. La Grande Mademoiselle se distingue également par le luxe de ses carrosses de ville. Elle en avait un pour ses promenades au Cours la Reine tout drapé à l’intérieur de velours cramoisi, fixé par des étoiles d’or.
Avec le temps, les grands seigneurs s’avisent d’avoir d’autres carrosses riches et légers, s’agit-il d’une promenade, d’un voyage à Versailles ou à Fontainebleau, ou à Saint-Germain quand la cour y passe l’été, la calèche ainsi nommée du mot polonais « Kolaska », pour les gens du bon ton s’impose. C’est aussi d’après la définition de l’Encyclopédie, une espèce de petit carrosse avec deux roues très basses dont on se sert pour la promenade dans les parcs et les jardins des maisons des princes. Cette mode de la calèche durera tout le long du Xylème siècle et on assistera à un défilé de voitures aux formes les plus bizarres voir les plus saugrenues ? Ces voitures étant en effet destinées à rouler peu de temps, les carrossiers purent donner libre cours à leur fantaisie.
La voiture devient symbole de standing social. « Une femme de ville, note La Bruyère dans ses Caractères, entend –elle le bruissement d’un carrosse qui s’arrête à sa porte, elle pétille de vie et de complaisance pour quiconque est dedans sans le connaître ».
Berline de ville ou de campagne la française, Cabriolet, Diligence anglaise, Chaise de poste, Phaéton, Berline à quatre ressorts, Inversable, Trois-quarts de ville, Vis-à-vis à l’anglaise, Misanthrope, Briska, Gondole, Coucou, Patache, Calèche, Diable, Chaise à l’écrevisse, ou à cul de singe, Wource, Flinguette, Coupé, Tilbury, Attelage à la Daumont, Roulette Vinaigrette, Guide des pécheurs, Brouette et Désobligeante sont quelques – uns des noms de baptême de ces machines roulantes. Le dix-huitième siècle vit dans un décor d’opéra. Le luxe de la cour s’éparpille dans la ville .Le nombre des voitures à Paris en 1763 est de 14 000.
Les carrosses de gala de cette époque montrent de réels progrès. La caisse est toujours montée sur des soupentes, mais le travail est déjà plus léger, et le style Louis XV des caisses en forme de chaises à porteurs, donne beaucoup de grâce et d’élégance. Les roues arrière pourtant sont toujours énormes, et choquent par rapport à la légèreté de la caisse. Les panneaux sont plus discrètement dorés, avec des ornements en camaïeu. Les sujets allégoriques se déroulent tout autour. Ces voitures n’allaient qu’au pas, des laquais tenant les chevaux par la bride, et ne servaient qu’aux grandes cérémonies. A cette date, toutes les voitures, même les plus grands carrosses ont des glaces. L’ambassadeur de Venise en a même un dont la caisse est entièrement en glaces. Le luxe le plus inouï est employé à la décoration des voitures.
Après la calèche, la vraie voiture des longs voyages, solide et confortable, était la Berline. Qui l’inventa ? Un Provençal d’origine italienne, Chiesa, natif d’Orange et fixé à Berlin : d’où le nom de cette voiture. Certaines de ces Berlines, dites « dormeuses » avaient des fonds mobiles se transformant en véritable lit avec oreillers et édredons, sous la voiture un grand coffre :« la cave » contenait les provisions de bouche et les boissons. L’émigration de la noblesse s’est faite en berline…Napoléon et la cour utilisait des berlines Ehrler, qui possédaient un bureau à tiroirs, une pendule et une lanterne intérieure. De Turin à Saint-Cloud, la berline impériale mettait deux jours et demi, mais à ce train les accidents et renversements n’étaient pas rares.
Si l’on regarde le carrosse de glaces de la reine d’Angleterre fait en 1762, le carrosse prévu par Percier et Fontaine pour le sacre de Napoléon Ier, les chars sur lesquels montait
Héliogabale, ou toutes les voitures d’apparat ou de gala en général, carrosses de verre ou carrosses d’or, carrosse blanc des funérailles royales, on s’aperçoit que cet objet de locomotion est aussi le moyen le plus prestigieux d’exhibitionnisme. Il est fait pour être vu, admiré, tout comme les personnes qu’il doit porter.
De nos jours, quelques Rolls-Royce et Hispano Suiza d’avant guerre, quelques modèles de voitures américaines pour rois de la pègre ou du sport, ou princes hindous amoureux de l’or, de l’argent massif et du mystère, quelques voitures enfin de science fiction comme celle de James Bond, sont les seuls vestiges que nous gardons de ces superbes symboles de puissance et de richesse.
Jacques DAMASE est l’auteur du livre : « CARRIAGES », publié en version anglaise dans la série « Pleasures and Treasures »
Feuilletons l’album :
Jacques Damase ou 30 ans d’édition.
Jacques Damase crée sa maison d’édition à l’âge de 17 ans, ce qui en fit "le plus jeune éditeur du monde".
En tant qu’auteur, il publie des monographies de grands peintres (Picasso, Braque, Chagall et s’est occupé des oeuvres de Sonia Delaunay les quinze années de sa vie). Il dirige une galerie d’art à Paris (galerie de Varenne) ainsi qu’à Bruxelles.
On trouve des ouvrages sur des sujets aussi divers que l’architecture, l’art décoratif, les arts appliqués, la photographie...dans une approche générale de la culture qui s’avère être celle d’un honnête homme
Lire une traduction de cet article /B_autrelangue>