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Passion des chevaux, de l’attelage et du patrimoine hippomobile.
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Bourrellerie Delameilleure - Harnais
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Pour les passionnés de voitures hippomobiles d’époque : toutes restauration de cuir et de sellerie
La fabrication d’étuis de tuba, de porte-parapluies, etc

En 2007, nous avons poussé une nouvelle pointe à l’étranger et participé en Grande Bretagne à plusieurs concours dans la catégorie « Coaching Class », considérée comme le summum en attelage de Tradition.
La coaching class, pour les amateurs que nous sommes nous a toujours suggéré une atmosphère très particulière que nous avons ressentie à travers les gravures anciennes, les récits des mémorialistes, les livres et des journaux de l’époque avec les photographies jaunies que l’on y trouvait, mais rien de plus précis...
Pour les britanniques en revanche elle constitue une pièce capitale du monde de l’attelage et le calendrier de ses activités ne comporte pas moins de 25 sorties et meetings pour l’année 2008, réparties entre mai et septembre.
Pour mieux faire comprendre le caractère exclusif de cette spécialité, il suffit de préciser qu’il n’existe que deux clubs uniquement dédiés au coaching : le Road Club et le Coaching Club, fondés en 1870 à l’époque dite du « Revival » du coaching qui succéda à « l’Age d’or » des années 1850.
Ces deux clubs, très élitistes, réunissent un nombre réduit de passionnés, strictement parrainés. Leur accès est particulièrement difficile et pour en voir s’ouvrir les portes il ne suffit pas d’y être accepté, encore faut-il faire la preuve que l’on est capable de présenter et mener publiquement un coach dans les plus strictes règles de l’art.
Il est admis que ces deux clubs sont les dépositaires de l’orthodoxie et de la liturgie pour tout ce qui concerne la manière d’équiper , atteler et mener un « team » de quatre chevaux attelés à un coach ; ces connaissances étant par ailleurs détaillées dans des textes anciens dédiés à ce sujet.
L’idée de participer aux concours de la coaching class n’est pas née pour nous du jour au lendemain mais est le fruit d’un rêve très ancien, souvent revécu et qui a pu progressivement se concrétiser qu’en maintenant un intérêt constant pour tout ce qu’impliquait cette exigeante spécialité.
Tout commence par l’achat et la restauration d’un Park Drag Holland & Holland.
Faire faire un harnais à quatre spécifiquement adapté à un coach est la seconde étape. Il faut savoir qu’un harnais de ce type présente d’importantes différences avec un harnais classique de team. Munch s’en chargera à la perfection.
Le choix et la sélection des chevaux fut aussi une étape capitale. Pour le type d’attelage projeté, nous avons choisi des Gueldres sans apport de sang Hackney, achetés aux Pays Bas.
Le Gueldre moderne depuis l’inscription au stud-book de la race, dans les années 70, de l’étalon Hackney Cambridge Cole, est devenu un cheval beaucoup plus nerveux et a perdu sa stature de carrossier au profit d’allures plus relevées, ce qui fait qu’on le considère parfois comme un grand Hackney !
Lorsqu’on la généalogie de nombreux Gueldres, on note l’immixtion de deux ou trois Hackneys dans les quatre premières générations. La consanguinité est devenue le problème majeur du stud-book, si bien qu’à l’heure actuelle l’éventualité d’un apport de sang neuf à la race est envisagée, avec l’arrivée un étalon de dressage.
La consanguinité a créé des problèmes : des chevaux à petits pieds, à l’excitabilité excessive, à l’arrière main mal formée et aux allures relevées sans amplitude, sans bonne action des postérieurs. En dépit de ces problèmes, le Gueldre reste le carrossier par excellence, dans le sens classique du terme : stature, structure, encolure verticale, allures amples et relevées, port de tête royal étant ses principales qualités.
Et c’est pourquoi on l’utilise dans presque tous les cas pour atteler des coachs, en Grande Bretagne comme aux Etats-Unis.
Cinq Gueldres alezans, constituent notre attelage :
Karel, volée gauche,1m70, le plus nerveux
Koenrad, volée droite, 1m69, le plus souple.
Rodio, timonier droit, 1m72, le plus puissant.
Heath, timonier gauche, 1m71, le plus fiable.
Valdano, réserve, 1m67, le plus jeune.
Nous avions mis en place tous les éléments de notre projet.
Un hiver se passe avant de pouvoir entrer en action ; consacré à la recherche du plus grand nombre de documents et de renseignements spécifiques au coaching et à la préparation des chevaux...
C’est dans la bible de Fairman Rogers « A Manual of Coaching » (1901) et dans d’autres ouvrages conseillés par notre ami H.B. que nous nous familiarisons avec les finesses de la spécialité.
Pour le travail des chevaux nous sommes à l’école du baron Albert Moyersoen dont la présence, l’aide et les conseils nous ont été très précieux.
Après une période de mise en train, nous nous sommes rapidement rendu compte qu’un break de travail classique ne pourrait jamais avoir le poids ni le roulage de notre drag sur terrain varié, celui ci avec son équipage dépassant allègrement les deux tonnes !et cela avec une surface de contact au sol réduite à quelques centimètres carrés. Si sur l’asphalte le roulage pouvait être satisfaisant, l’inertie était importante entrainant des temps de ralentissement et d’arrêt bien trop longs ; alors que sur l’herbe le démarrage exigeait des chevaux aux épaules solides capables de partir au pas sans coup de collier brutal ni précipitation et de supporter les variations soudaines du terrain qui modifient instantanément le tirage et le travail des chevaux.
Autre difficulté à surmonter, du fait de la présence d’une flèche sur le train d’un coach : son angle de braquage est limité et si cette notion n’est pas constamment présente à l’esprit, on risque une rupture du timon avec les conséquences catastrophiques que peuvent causer un tel accident.
Ces problèmes nous ont incité à faire construire un véhicule d’entrainement ayant le poids, les dimensions, le roulage et l’angle de braquage identiques à ceux du Park drag original, permettant d’entrainer les chevaux dans le travail qui leur serait demandé.
Ainsi fut construit « le mulet d’acier »
Et le travail commença ...
Des heures et des heures de pas pour « faire les épaules » des timoniers et mettre les volées sur la main. Avec à nos cotés Albert Moyersoen, nous nous sommes appliqués à perfectionner notre techniques de menage selon les stricts principes d’Edwin Howlett : pelotons simples et doubles, tenue du fouet, oppositions aux timoniers, maintien du buste, position des mains, ont été notre pain quotidien des mois durant...
Nous avons aussi beaucoup travaillé le dressage au reculé car faire reculer un drag de deux tonnes planté dans un pré herbeux trempé par la pluie et glissant n’est pas une mine affaire ! Mais, c’est une manœuvre que l’on voit rarement exécuter, même en terre anglaise. Nous pensions donc que c’était un plus à montrer aux juges anglais, espérant ainsi un bonus à notre notation en présentation !
L’énumération de toutes ces difficultés peut vous donner une idée de ce que cache le brillant passage d’un coach sur le ring.
Par ailleurs, il nous fallait nous rendre dans la perfide Albion pour nous confronter à des meneurs ayant derrière eux cent cinquante ans d’expérience et de pratique de ce sport et, pour cela, rien n’était à négliger, l’intendance devra suivre.
Début aout l’équipe comportant cinq personnes part pour l’Angleterre et après quelques jours d’installation nous participons à un rassemblement du Road Club organisé à l’Ashfield Driving Center de Canfield dans l’Essex. Douze coachs y sont réunis et nous effectuons une sortie d’une quinzaine de kilomètres, sans encombre. Dans la soirée, repas de fête.
Notre équipage italien aura suscité une grande curiosité car dans l’histoire de ces meetings « very british » très peu d’étrangers se sont aventurés, les chroniques d’après guerre ne relevant en effet la présence de très peu d’étrangers : quelques américains, deux français (Le Vicomte Pierre de Chezelles et Patrick Germain), deux belges ( Baron Jean Casier et Willy Allo).
A cette occasion nous recevons l’approbation de notre participation aux concours et rassemblements à venir et avons recueilli de précieux conseils pour le « modus faciendi » des sorties à venir.
Notre plus grande satisfaction a été de recevoir des compliments d’un maître comme Peter Munt sur notre façon de mener car, selon lui, rares sont à ce jour, même en Grande Bretagne les meneurs qui appliquent correctement les techniques du « four in hand » d’Edwin Howlett.
Le 26 août nous participons à l’Edenbridge and Oxted Show, dans le Surrey ; neuf coaches se présentent devant la juge Christine Dick, redoutée pour sa sévérité. La tension est palpable car il s’agissait pour nous non plus d’une simple sortie mais d’une compétition ; notre entourage nous conseillait la sérénité et nous nous y efforçâmes, dans les limites du possible ...
Après la première inspection, nous prenons la route pour un parcours de huit kilomètres, effectué sans encombres, puis, retour dans l’arène pour le jugement final . Nous nous sommes placés à la seconde place ; notre joie est immense de voir récompensés tous nos efforts de préparation. Nous annonçons la nouvelle à Albert Moyersoen avec lequel nous sommes en contact téléphonique permanent pour prendre conseil et écouter ses recommandations : « gare à ta volée gauche ! »...mais partage notre joie.
Les 15 et 16 septembre, nous participons au Royal County of Berkshire Show, concours de clôture de la saison de coaching. Dix huit concurrents sont sur les rangs. Presque tous les teams anglais sortant régulièrement sont là. Le juge était le colonel John Cowdery. Le concours répartissait ses épreuves sur deux jours : coaching class le premier jour suivi du diner de clôture de la saison finale de la coaching class avec concours de sonneurs de tuba exécutant les airs connus de « l’âge d’or », le second jour.
Se retrouver dans l’arène aux côtés de dix sept équipages nous a donné la chair de poule ! Imaginez, dix huit coaches alignés, soixante douze chevaux ! l’ensemble se présentant au plus haut degré de qualité et d’élégance, harnais rutilants, boucleries flamboyantes, meneurs , grooms garde et passagers d’une élégance rare...un tel spectacle n’est pas pensable chez nous.
A l’issue de ce premier jour, nous sommes classés en sixième position en dépit du fait que nous avons été les seuls à exécuter correctement le fameux reculé sur l’herbe !
Cette sixième place au niveau national anglais était incontestablement pour nous, néophytes italiens, un excellent résultat, mais notre intime conviction était que nous aurions pu faire mieux...c’est pourquoi le concours terminé nous sommes allé demander conseil au colonel Cowdery au sujet de nos possibles faiblesses. D’une grande amabilité et parfaitement disponible, le juge nous donna toutes les explications désirées : nous n’avions aucun problème majeur mais simplement à corriger une série de petits détails dont nous ne soupçonnions pas l’importance.
Dans l’après midi, toute l’équipe est au travail pour trouver les solutions adéquates et corriger nos erreurs et nous permettre d’être au point pour l’épreuve du lendemain avec notre sonneur.
En soirée, dîner de 100 couverts ; meneurs et invités présents représentent le gratin du coaching anglais. Présentation sobre et élégante par table circulaire de dix ; chacune portant le nom d’un coach au passé célèbre. Discours de bienvenue et présentation du programme de l’année à venir par le Président et le Secrétaire du Club. A notre grande satisfaction « l’ami italien » est invité à participer au grand meeting annuel de Londres, pour l’année à venir : nous voilà donc dans l’antichambre de l’admission définitive au Club et en sommes ravis. Le jour suivant nous voit à la coaching class avec notre sonneur, ce dernier aura été excellent et nos imperfections gommées car nous obtenons la première place !
A chacune de nos sorties, nous aurons beaucoup appris en ayant pu mettre un pied dans un monde très loin de nos réalités. Nous avons rencontré beaucoup de passionnés qui tous nous ont apporté leurs connaissances et donné de précieuses informations.
Il est important pour moi de rendre ici, un particulier hommage aux trois membres français de l’équipe : Reinhold Trapp, Marguerite de Fleurieu, Stéfanie Eiler, compagnons sans lesquels notre aventure n’aurait pas été possible.
Le bilan final est largement positif et nous sommes repartis sur le Continent, enchantés et riches d’idées pour l’avenir.
Comment se déroulent les épreuves d’une « Coaching Class » ?
jugement préliminaire : tous les concurrents se présentent dans le ring s’alignent et sont inspectés.
départ en file pour un parcours d’une quinzaine de kilomètres sur des routes secondaires à chaussée correcte. Un juge suivant en voiture vérifie à plusieurs passages, la façon de mener, l’attitude aux guides, la correction des manœuvres.
au retour, chaque concurrent exécute à volonté des figures libres mettant en évidence son aisance et habileté aux guides.
jugement final et classement.
Les juges passent en revue un nombre important de points de détail, un volume entier serait insuffisant à leur énumération mais le point fort de la notation revient toujours aux chevaux. Nous avons fait en Angleterre une constatation qui témoigne d’une importante différence de mentalité avec le Continent : c’est l’absence totale de règlement écrit pour les concurrents qui nous a été confirmée après une longue discussion par Richard James, juge et rédacteur en chef de « Carriage Driving ».
Celui-ci soutient, avec raison, qu’il n’existe qu’une seule manière, et non dix, de présenter correctement un coach selon la tradition, un règlement n’est donc pas nécessaire ou plutôt serait nécessaire si les juges n’étaient pas capables d’effectuer leur travail !
Après de telles déclarations , comment s’empêcher de sourire lorsqu’on pense au travail normatif et de codification qu’a mis en place l’AFA avec son règlement, servilement copié par nous, pauvres minus italiens, il y a de quoi mourir de rire ...Voyez, chez nous, ces Concours d’Attelage de Tradition dans lesquels il ya : un juge pour les chevaux, un deuxième pour la voiture, un autre pour les harnais, un quatrième enfin pour je ne sais quoi !...
Cela me fait immanquablement penser à l’histoire drôle où l’on demande pourquoi les carabiniers vont toujours par deux ? : « c’est parce qu’il y en a un qui sait lire et l’autre qui sait écrire ! »...
On parle de rire mais il faudrait plutôt en pleurer lorsqu’on voit comment par ses carences notre Fédération a laissé chez nous la Tradition atteindre un tel niveau de médiocrité alors qu’il existe des potentialités qui ne peuvent pas s’exprimer.
Les anglais investissent beaucoup dans la formation continue de juges à différents niveaux de qualification et leur donne des habilitations à juger dans différentes catégories. Leur nomination est très sélective et si vous consultez la liste des juges sur le site de la BDS, vous n’en compterez que 90, pour un nombre de concurrents dépassant les 6000 !
Sommes-nous vraiment sans espoir en Italie ? Il y a deux ans , nous aurions répondu par l’affirmative, mais l’optimisme renait aujourd’hui car parviennent des signaux venant de l’étranger et non pas de Rome : les Belges ont modifié leur règlement et pris leurs distances d’avec les canons français, nos voisins Suisses avec Andres Furger aidé par quelques passionnés ont créé une association dédiée à la tradition classique ; en France, où l’on dit le nombre de concours et de concurrents en diminution , l’AFA a organisé à Paris une réunion d’experts internationaux qui ont discuté des différents problèmes de notre sport.
Toutes ces activités indiquent que les choses bougent mais pour nous le problème est d’être entendus et compris à Rome où l’on croit avoir bien fait en organisant quatre concours (de quel niveau ?) en Italie centrale !
Savez vous que nous sommes l’unique nation où la tradition est aux mains de la Fédération équestre ? (A bon entendeur, salut !).
Dans cette situation critique, nous regarderons au delà des alpes, la Belgique ou la Suisse pourraient être le but de nos prochaines expéditions ? et à ce propos, sachez que nous sommes à la disposition de quiconque serait intéressé à faire partie de notre cordée pour ces prochains voyages.
César Martignoni
Article original paru dans le NOTIZIARIO du GIA
traduction Arba