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Au soir de Waterloo (18/06/1815), dans la débâcle, l’armée française abandonna une grande partie de ses équipages ; ce butin considérable tomba aux mains des Prussiens, les vaicus de Ligny !, qui n’avaient pratiquement pas pris part à la bataille, mais auxquels les Anglais, épuisés, laissaient le soin de la poursuite…
Chose étrange, Napoléon, après avoir , semble-t-il, hésité à reconnaitre la perte de ses voitures, ajouta à l’ampleur du désastre dans la dépêche envoyée le 19 juin de Philippeville (Ardennes Belges), le tragique dernier Bulletin de la Grande Armée : « les parcs de réserve, les bagages qui n’avaient pas repassé la Sambre et tout ce qui se trouvait sur le champ de bataille sont restés au pouvoir de l’ennemi ».
En réalité, sur les quatorze voiture parties aves l’Empereur les 10 et 11 juin, neuf rentrèrent à Paris. Cinq voitures ont été prises, avec beaucoup d’autres appartenant aux unités militaires ou à leurs chefs, par un bataillon de fusiliers d du 15e régiment d’infanterie prussienne conduit par l’oberleutnant baron Eugen Von Keller : des éléments du 25e régiment le rejoignirent et participèrent au grand pillage. L’affaire était si énorme qu’elle suscita entre les bénéficiaires un procès qui ne se termina qu’en 1830 ; les procès verbaux des interrogatoires ont été étudiés aux archives d’état de Breslau par Julius Krebs qui a trouvé des renseignements précieux pour nous. Ils corroborent les récits de ceux qui du côté français, ont raconté ce qu’ils ont vu : Napoléon lui-même, son premier valet de chambre Marchand, le secrétaire Fleury de Chaboulon, le cocher Jean Horn et le mameluk Ali. En revanche, ils démentent absolument l’épisode raconté par le général Gneisnau et repris jusqu’à ce jour par les historiens les plus sérieux : napoléon s’échappant à la dernière minute de sa voiture en abandonnant son épée et en laissant tomber son chapeau. (détail peu vraisemblable et contesté par les spécialistes).
Deux des cinq voitures perdues étaient celles de l’Empereur. En campagne, Napoléon exigeait deux voitures. L’organisation des Ecuries et Remises a fait l’objet de décrets et de textes souvent annotés par Napoléon lui-même ; le baron Fain résume bien ce qui semble avoir été permanent : « A l’armée, l’Empereur avait trois équipages différents : sa voiture de poste, sa calèche de service léger, et ses brigades de chevaux de selle » La voiture de poste était une lourde berline coupée ; la calèche était une voiture découverte. Pour la campagne de Russie des commandes considérables avaient été faites aux carrossiers ; des voitures très étudiées avaient été demandées pour l’Empereur à son carrossier préféré , Getting.
La première , du type des berlines coupées, est désignée par Napoléon comme « chaise de poste », traduction de l’appellation anglaise « post chaise », alors que ces termes désignaient en France des voitures à deux roues ; elle sera enregistrée comme « dormeuse » et son caractère marquant est bien de permettre de voyager de nuit aussi bien que de jour.
La seconde voiture, celle de « service léger » sera un landau au lieu d’une calèche. Les deux voitures sont prévues pour être attelées en poste, c’est-à-dire menées par des postillons, sans cocher : d’ordinaire pourtant, seule la voiture dite « de poste » fait appel aux relais de poste prévus à l’avance par les services du Grand Ecuyer. » C’est dit le baron Fain, un coupé jaune *2 très simple qui servait pour les grands trajets. Napoléon pouvait s’y enfermer comme dans une berline ; il y trouvait au besoin, un matelas pour dormir, du papier, de l’encre, une petite bibliothèque de voyage et un nécessaire de toilette ; de nombreux tiroirs offraient toutes les ressources d’une maison roulante . »
Telle était la dormeuse commandée à Getting et livrée le 5 mars, deux mois avant le départ pour le Niémen et Moscou . La première était partie pour Vienne avec Marie Louise, la seconde pour Saint Tropez et l’ile d’Elbe avec Napoléon et elle sera abandonnée à Grasse en mars 1815. La voiture prise par les Prussiens fut vendue au fameux Bullock et brûlera en 1925 dans l’incendie du musée de Mme Tussaud. Getting aura construit cette voiture en moins d’un mois, ce qui était un véritable tour de force !
* * *
Le landau adopté en 1812 pour le service léger, était un genre nouveau de voiture pour les Ecuries Impériales et aussi pour la carrosserie française ;il s’agit d’une sorte de berline dont la partie supérieure se replie vers l’avant et vers l’arrière, comme deux capotes et où, les glaces étant baissées, les montants eux même s’écartent et disparaissent. Voiture transformable dont ce dernier détail technique, d’une réalisation difficile, était encore inconnu en France ;*3
Le landau avait conquis Londres dans la dernière décennie du XVIIIè siècle, à Paris il était encore si mal connu qu’en 1808 , le célèbre Duchesne qui en publiait un modèle, le nommait « londeau » et , en 1815, l’Almanach des Modes écrit : « Le landau , qui tient de la berline et de la calèche, est une voiture d’un genre bâtard passablement ridicule. Rien ne ressemble davantage à une voiture brisée et déchirèe, lorsque l’impériale est partagée en deux et que ces deux parties renversées, tombent devant et derrière, en soufflet. »
La mode du landau est un témoignage typique e l’anglomanie qui, au lendemain de la paix d’Amiens, déferla de nouveau en France ; elle toucha sans doute certains des élégants écuyers des Ecuries et peut être l’Empereur lui-même qui employait les mots : « chaise de poste » dans leur acception anglaise. Mais, d’un autre côté, que d’avantages présentait cette nouvelle voiture pour circuler entre ls corps de troupes !Découverte , elle permettait de jour comme de nuit , d’observer l’horizon entier , de donner des ordres aux accompagnateurs à cheval, ou de converser avec eux., elle permettait aussi de s’enfermer pour se protéger de la pluie ou du froid, ou pour s’entretenir discrètement avec un ou deux collaborateurs ou enfin de dormir, cat le landau est aussi une dormeuse.
Ce landau, qi a été construit pour Napoléon, et sur ses indications précises, à suscité beaucoup d’impatience et d colères du grand Ecuyer et de l’Empereur lui-même, impatient de le réceptionner, ce landau est celui là même que le Comte Blücher a généreusement confié au musée de Malmaison. Il ne peut exister aucun doute sur son authenticité : il porte toujours le n°429 qui lui fut attribué en 1812, poinçonné sur les moyeux, ainsi que le n°301, peint sur l’essieu avant qui est celui du second classement de 1813.
* * * La commande de cette voiture a été faite chez Getting à une date très tardive, en janvier 1812, ce carrossier avait déjà fourni : la voiture du sacre, les plus belles voitures du mariage, une calèche-landau, une coureuse-landaulet et un landau. Ce sera une voiture à la dernière mode, au moins pour la caisse car pour le train qui devra être à toute épreuve, Getting restera fidèle aux techniques anglaises, adoptées par les carrossiers français :train à flèche renforcée de fer terminée par une fourche en col de cygne, le crane neck des anglais qui laisse le passage pour les roues avant., suspension à grands ressorts en C, pas de siège de cocher, places à l’arrière pour les mameluks Ali et Roustan. La caisse à l’anglaise, allégée à l’avant, est remarquablement aménagée, les capotes s’ouvrent largement et se ferment de façon hermétique. A l’avant la capote porte deux larges fenêtres pourvues de jalousies. Le panneau avant peut s’abaisser, un soufflet de cuir assurant l’étanchéité, ce dispositif permet de se coucher, un lit complet châssis et matelas sont prévus et rangés sous la caisse.. Quatre lanternes de coins et une lanterne extérieure de lunette arrière assurent l’éclairage de nuit.
Les dimensions de la voiture sont :
longueur : 4m09
largeur :à l’impériale : 1m40
hauteur : 2m33
empattement / 2m56
caisse - hauteur : 1m40
- longueur : 1m76
- largeur : 1m40
Diamètres des roues : à l’avant : 1m à l’arrière : 1m54
Lors de sa saisie comme prise de guerre, le landau fut pillé et dégradé ; nécessaires et accessoires, tout ce qui pouvait se démonter ou être arraché fut emporté, lanternes, poignées, baguettes, ornements. Le premier piqueur Archambault put néanmoins sauver quelques objets en quittant la voiture, dont le portefeuille, le nécessaire et les clefs de la voiture.
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1. Musée national du château de Malmaison, dépôt du comte Blücher Von Wahlstatt, 1973. Les premières recherches concernant cette voiture, qui n’avait pas été étudiée en France et dont la conservation fut révélée par M. Gérard Souhami, ont été faites par nos amis Gérard Hubert, conservateur en chef, et Yvan David, conservateur ? Cf.Gérard Hubert, « Un précieux dépôt entre à Malmaison », in Souvenir napoléonien, n°273, p 22, et « Une voiture du service de campagne de l’Empereur, prise à Waterloo, entre au Musée de Malmaison » in Société Belge d’études napoléoniennes, Bulletin n°86, avril 1974, p.9 et suivantes, fig. Avec le plus grand désintéressement, ils nous ont transmis les résultats déjà considérables de leur travail. Je tiens à les en remercier. Mr M.V.Gatacre, managing director du « Musée Madame Tussaud’s » nous a communiqué des publications introuvables en France. L’Institut historique allemand à Paris nous a donné la possibilité de consulter l’article de Julius Krebs. Nous devons beaucoup de reconnaissance à Madame la Comtesse Daru, qui nous a permis de consulter les papiers de Caulaincourt déposés aux Archives de France
*2. Contrairement à ce que dit Fain, la dormeuse de Russie et celle de Waterloo étaient bleues, avec, outre les grandes armes de l’Empire, un ornement doré en frise autour des panneaux. Le train était rouge.
*3. Les voitures à deux fonds munies de « soufflets », existent dès le XVIe siècle. Rendre ces soufflets jointifs avait été réalisé, par exemple sur l’étonnant carrosse du premier tiers du XVIe siècle conservé à Nottingham .
Le terme « landau ».apparait vers 1750 dans : « offene sogennannte landauer chaise »in Völlstandingen Diarum der Krönungs Franciscus Röm. Kaisers, Frankfurt, 1746, (cité par R.H.Wackernagel, Der Französische Krönungs-wagen, Berlin, de Gruyter 1966, p280, n 924). Il parait cependant contestable de répéter que cette voiture ait été inventée à Landau (qui a été ville française jusqu’en de 1648 à 1815). Peut être faut il admettre, avec Felton que le terme landau vient du mot allemand et anglais land : “ so called from the method of opening the top, which gives the advantage of the air and view to the passenger “ ( Felton, A Treatise of the carriages 1793 t I p.39)
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