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LE GUELDRE OU GUELDERLANDER
ORIGINES ET DEVELOPPEMENT
Par Cesare Martignoni Président de la S.I.A.T.
Le Gueldre, ce merveilleux carrossier, a pris le nom de son terroir de naissance : La Gueldre, province centrale de la Hollande où s’est effectué son développement : La Gueldre
Le cheval Gueldre fait partie des grands carrossiers nordiques qui ont été modelés, autant par la volonté de l’homme, que par les conditions environnementales et climatiques que l’on trouve dans ces régions qui s’étendent de la Bretagne à la Mer Baltique : étés doux et frais, hivers peu rigoureux, bonnes pâtures tout au long de l’année, terrains de plaine souples ; toutes ces conditions contribuant à la croissance de chevaux grands et puissants qui, par introduction d’étalons de races à sang chaud vont au cours des siècles, présenter une excellente trempe et tempérament.
Plusieurs races ont dans le temps participé à ces apports de sang neuf : Postier breton, Grand noir du Cotentin, Guelderlander local, Groninger, Frison oriental, Oldenburger, Hanovrien, Holsteiner, Fredericksburg, Mecklemburg, cheval de Prusse orientale en ont été les acteurs. Malheureusement, beaucoup de ces races ont perdu à l’heure actuelle leurs caractères originaux, car elles ont été transformées par des actions de sélection destinées à en faire des chevaux de sport, d’obstacles ou de dressage.
Pour retrouver les origines de notre Gueldre, il faut faire un retour sur le passé et nous situer au temps de l’occupation espagnole des Pays Bas au XVIème siècle. Pendant la centaine d’années que dura cette occupation, les étalons espagnols ont sailli les juments locales utilisées pour les travaux agricoles, fixant ainsi des caractères encore parfaitement reconnaissables de nos jours. En effet, si on examine attentivement un Gueldre « du modèle ancien », on retrouve sur un corps fortement charpenté, une encolure verticale bien détachée, avec la nuque haute typique des chevaux de l’époque baroque, supportant une tête moutonnée.
Dans le tableau peint par Velasquez montrant « La reddition de Breda » (1635), une citadelle hollandaise, on remarque le cheval du général Spinola, qui représente exactement ce dont nous parlons.
Jusqu’en 1850, l’élevage du Gueldre été orienté vers la production d’un cheval à sang chaud destiné à l’agriculture par la suite, du fait de la motorisation, la situation changea et on rechercha un modèle adapté à la traction légère et à la selle et les éleveurs hollandais , en fins hommes de cheval et étalonniers avisés qu’ils sont, ont fait le choix de reproducteurs de grande qualité comme les Holsteiners CICERON I et CICERON II (1800)
ou le Normand TOURBILLON (1897), le Frison oriental GAMBO (1910)
puis entre 1930 et 1950 les Normands L’INVASION et REVEIL
les Holsteiners FARN et AMOR .
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Ces étalons ont apporté des qualités athlétiques à la race sans rien faire perdre de la taille et de la masse.
Cette évolution de la race était consignée dans différents livres généalogiques régionaux mais, en 1960, le Ministère de l’Agriculture des pays Bas décida, dans un désir de standardisation, de les réunir dans un Stud-book unique et institua le KWPN (Authentique cheval de sang chaud Hollandais) en créant cependant trois sous groupes spécifiques en fonction des caractéristiques d’utilisation, soit :
le RIJPAARD : cheval de concours hippique, de dressage et de shows
le TUIGPAARD : cheval carrossier, de concours d’attelage et d’allures
le BASISPAARD : cheval à toutes mains et de loisirs.
Donc, le cheval dont nous parlons, que nous attelons, et que nous aimons, est un TUIGPAARD.
Plongeons nous maintenant dans l’histoire de ce billant carrossier, elle m’a été contée par un ami hollandais et commence un dimanche matin alors que dans toutes les familles d’agriculteurs, chacun revêt ses meilleurs habits ; et, cheval bien pansé et voiture nettoyée, les mêmes qui étaient aux champs la veille ; prend le chemin du village pour se rendre à l’église pour assister au service religieux … C’était une époque dure, ou les distractions étaient rares à la campagne, souvent limitées à un cigare et une bière à l’auberge…mais, cheval aux belles allures permettait le dimanche matin de se mettre en valeur en arrivant d’un bon trot à l’église, après avoir parcouru la rue principale du village devant un public local de connaisseurs … Il se créa ainsi parmi les agriculteurs un esprit d’émulation qui amena peu à peu les premiers concours d’allures pour les Tuigpaards.
Jusqu’en 1970, le poids d’un tuigpaard oscillait entre 550 et 700 kilos pour une taille au garrot de 1m65 à 1m75, la robe de prédilection était l’alezan, avec quelques bais, noirs ou gris avec toujours grandes balzanes et marques en tête, jambes un peu courtes, belle encolure, tête plate moutonnée, dos droit et plat « comme un billard », allures amples et majestueuses discrètement relevées, tempérament un peu nerveux mais sans exagération. A ce propos, je me souviens qu’à cette époque on trouvait fréquemment dans les écuries, un bidon de graines de lin que l’on mélangeait aux aliments des chevaux pour leur donner plus de « ton »…Plus tard, en 1973, pour pallier cette carence de caractère, on fit venir d’Angleterre un étalon Hackney :
CAMBRIDGE COLE 10 , de robe baie et de belle conformation, il donna une impulsion historique à l’élevage, en particulier par son fils RENOVO 11 , un bai d’1m73,aux allures fabuleuses, le plus important sire des trente dernières années. Sa descendance comporte de très nombreux champions.
Avec RENOVO, le Tuigpaard, tout en gardant la stature du Hackney, est devenu plus léger, avec des allures améliorées parfois supérieures à celles de son géniteur. Mais, avec une nervosité accentuée, il sera devenu un peu pus délicat à manier…Mais je cite souvent cet exemple : Si Noureiev n’avait pas été un peu fou, serait il devenu leplus fabuleux danseur de l’histoire ? Il en và toujours ainsi dans la vie : les choses ls plus belles sont aussi celles les plus difficiles obtenir.
Pour ma part, je reste convaincu que le Tuigpaard est le meilleur cheval carrossier au monde ! Taille, distinction, tempérament, allures sont ses principales qualités que l’on ne trouve réunies dans aucune autre race, il suffit pour s’en convaincre il suffit de voir la place il occupe dans touts les spécialités du cheval attelé.
Un conseil d’ami, si vous devez acheter un cheval, laissez là ces chevaux « mena mort * », chevaux de corbillard, et achetez un beau Tuigpaard !
Cesar Martignoni
* « mena mort » : expression dialectale d’origine française, utilisée dans la région de Padoue pour désigner les chevaux de corbillard.
Galerie de photos montrant l’évolution du modèle au fil des années.
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