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MAISON BINDER (1806-1903)
Histoire de Jean Jacques et ses quatre fils Charles, Louis, Jules et Henry carrossiers à Paris et de la Maison Binder (1806-1903)
LA MAISON UNIQUE (1806-1862)
Jean Jacques Binder, sellier (1806-1820)
L’histoire des carrossiers Binder à Paris commence en 1783 à Marbach am Neckar en Württemberg par la naissance de Johann Jakob, baptisé protestant, qui francise son prénom en Jean Jacques à son arrivée en France en mai 1806 dans l’intention de s’établir définitivement fabricant sellier carrossier à Paris. Son père est « bourgeois et sellier », il a un frère Jakob Friedrik de six ans son aîné qui deviendra lui-même « sellier » à Marbach, et des sœurs. Jean Jacques aurait donc appris le métier de sellier en famille en Allemagne. Il s’installe très certainement à Paris dans le premier arrondissement, dans un quartier à proximité des Ecuries du Palais des Tuileries et de la très monarchique rue Basse du Rempart, actuel boulevard de la Madeleine. Dans cette rue, le duc d’Aumont a possédé un pavillon et exhibé de prestigieux équipages dont il a lancé la mode en France à la Restauration. Il fait la connaissance d’Hubert Bartly, propriétaire et carrossier loueur de voitures, demeurant 52-56 rue Basse du Rempart, qui deviendra son ami puis témoin à son mariage en 1817 à Vincennes avec Emilie Adélaïde Janets, fille de l’ancien maire, négociant. Le jour du mariage civil ses parents étaient décédés depuis 1815 et il ne restait plus de la fratrie que son frère aîné et deux sœurs vivant en royaume de Württemberg. Jean Jacques habitait alors au 2 rue de la Paix à Paris, comme locataire. A cette adresse, il apparaît pour la première fois, l’année de son mariage, dans l’almanach du commerce de la ville de Paris comme « sellier ». En 1819, il s’installe au 56 rue d’Anjou Saint Honoré. L’année suivante, Jean Jacques est enregistré dans l’almanach du commerce de la ville de Paris comme « carrossier » rue de la Paix avec ateliers rue d’Anjou Saint Honoré. Il se prévaut également, dans certains actes administratifs, d’être « carrossier de son Altesse Royale frère du Roi », le futur Charles X.
Jean Jacques Binder, carrossier (1820-1846)
Son épouse lui donnera quatre fils Jean Charles né en 1819, Louis Germain né en 1821, Charles Jules né en 1826 et Henry Charles né en 1830 et deux filles Virginie Emilie née en 1822, décédée prématurément, et Louise Caroline née en 1824. Les prénoms usuels des frères sont en caractères gras. Ses enfants seront baptisés catholiques. Jean Jacques devient carrossier du roi Charles X en 1825. En 1826, il obtient un Brevet de Carrossier des Ecuries du Roi – pour les Equipages à la Daumont – sur la proposition du duc de Polignac, premier Ecuyer. A cette époque, le siège social de la Maison Binder passe rue d’Anjou Saint Honoré et y restera avec ses fils jusqu’au déménagement dans un ensemble d’immeubles à l’angle du boulevard Haussmann et de la rue de Courcelles en 1863. Un de ses prestigieux clients est le prince Aldobrandini qui fut le très apprécié premier Ecuyer de l’Impératrice Marie Louise avant la Restauration. C’est en 1840, à la majorité de Charles, bon pour le service militaire, et l’année suivante, à celle de Louis, que commence à se poser vraiment pour la famille le problème du choix de la nationalité. Jean Jacques est étranger, Charles et Louis de père étranger et mère française. Jean Jacques, compte tenu de ses revenus, donc des impositions foncières, mobilières et des patentes payées, et compte tenu de son inscription d’office sur les listes électorales de 1822 à 1842 par l’administration, se croyait français. Erreur d’appréciation administrative que l’administration n’a pas relevé initialement ! A son décès Jean Jacques était toujours allemand autorisé officiellement, ainsi que ses deux fils aînés majeurs Charles et Louis, à demeurer en France depuis une ordonnance royale de 1844, mais en sachant qu’il fallait au moins dix années comme résidents pour pouvoir obtenir la nationalité française. Les dossiers de demande de résidence et de naturalisation du père et de ses fils aînés sont très riches en informations sur le statut professionnel et social de la Maison Binder, décrite comme la première maison de France de carrosserie employant plus de quatre cents ouvriers toute l’année et qui était parvenue à faire préférer la carrosserie française à l’anglaise, non seulement dans toute l’Italie, mais encore dans d’autres pays. En 1845, il fait, avec son épouse, donation par moitié à Charles et à Louis les aînés majeurs, de son fonds de commerce de carrosserie dont l’entrée en jouissance est fixée au premier janvier 1847. Jean Jacques décède le 16 décembre 1846 et est inhumé au cimetière de Montmartre dans un monument familial que sa veuve fit ériger. Resté protestant, il eut le droit à un service au Temple. Il n’avait pas encore obtenu sa naturalisation française. Il laisse une liste de clients composée essentiellement de la « nobility » et de la « gentry » française à ses deux fils aînés Charles et Louis, formés en travaillant avec lui. Quant à ses deux fils mineurs à l’époque, Jules était à l’Ecole Centrale et Henry à l’Ecole Navale et seront français automatiquement de par leur choix initial de la nationalité maternelle.
Charles et Louis, « Binder Frères » (1847-1857)
L’association des deux aînés est déclarée sous forme de société sous le nom « Binder Frères » par acte sous seings privés de 1848 qui précise « … qu’ils [les aînés] sont tous les deux marchands carrossiers 72 rue d’Anjou Saint Honoré et 54 rue du Rocher, que la durée de la société est de 17 années à partir du 1 janvier 1848, et que la raison sociale est Binder frères, chacun des associés ayant la signature sociale. ». A noter que c’est en fin de la durée déclarée, en 1864, que l’Almanach du commerce mentionnera jusqu’en 1903 ancienne Maison Binder, marque : « Binder à Paris ». A partir de 1855, à la liquidation de la succession, Veuve Binder qui avait gardé possession de tous les biens et ceux de son mari, est enregistrée propriétaire dans l’almanach du commerce de la ville de Paris jusqu’à son décès en 1866. Jules, français, sorti de l’Ecole Centrale en 1849, intègre par acte sous seings privés l’association commerciale en 1854. Henry, français, encore officier de marine, fait l’objet d’une donation du vivant en 1857 par ses frères, membres de l’association, dans le cadre d’arrangements familiaux. Charles, le cofondateur de la société avec Louis, part à la retraite début 1858 avec des rentes très confortables pour vivre en famille à l’Isle Adam, localité dont il fut châtelain et maire. A partir de 1858 donc, « Binder Frères » est dirigé par Louis et Jules seuls, avec Veuve Binder propriétaire des murs. Louis et Charles, considérés étrangers, seront bientôt naturalisés français respectivement en 1858 et en 1859.
Histoire de Jean Jacques et ses quatre fils Charles, Louis, Jules et Henry carrossiers à Paris et de la Maison Binder (1806-1903)
LA MAISON ÉCLATÉE (1862-1903)
Louis et Jules, « Binder Frères » (1858-1877)
En 1858, il est écrit dans un rapport de préfecture de police que « Binder Frères » est l’un des plus considérables établissements de carrosserie au chiffre d’affaires de 5 à 6 millions de francs. A l’époque la Maison Binder exportait environ les trois quarts de sa production. L’immeuble de la rue d’Anjou Saint Honoré ayant été exproprié pour l’ouverture du boulevard Haussmann, l’Etablissement emménage à partir de 1865 à l’adresse qui sera définitivement 170 boulevard Haussmann en 1870. La Veuve Binder décède en 1866 et les quatre frères héritent. Louis a cédé la direction des affaires de carrosserie à Jules selon ses propres dires lors de son élection au conseil municipal de Paris en 1871. A cette date Jules est donc bien le chef de Maison depuis au moins 1863, et Louis associé commanditaire, tous deux liés par l’acte d’association de 1854 modifié en 1862. Jules exerce la présidence de la chambre des carrossiers entre 1865 et 1873. « Binder à Paris » est le constructeur en 1873 dans les ateliers au 138 rue de Courcelles, des voitures dont un carrosse, destinées à la cérémonie qui n’eut pas lieu, du couronnement d’Henri V, Comte de Chambord. La remise de la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur récompense Jules pour le grand diplôme d’honneur obtenu à Vienne en 1873. La Maison Binder s’est distinguée également au plus haut niveau à Moscou 1872, à Philadelphie 1876 puis ultérieurement à Paris 1878, à Melbourne 1881, à Anvers 1885, de nouveau à Paris en 1889 et 1891 et pour terminer à Bruxelles en 1897. Louis se retire de l’association avec Jules qui sera dissoute à compter du 1 avril 1877. La Maison redevient « Binder » mais l’appellation « Binder Frères » continuera à figurer sur les albums d’exposition et sur l’almanach du commerce de la ville de Paris jusqu’à disparition totale en 1903.
Henry, « Henry Binder » (1862-1903)
Après son départ de la marine, Henry fonde la Maison « Henry Binder » entre 1860 et 1862, qui installera siège, magasins et ateliers au 31 rue du Colisée en 1863, agrandi plus tard par un bloc d’immeuble voisin au 59 avenue d’Antin, actuellement Franklin Roosevelt. Il fut châtelain et maire à Choisy au Bac près de Compiègne, marié et sans descendance directe. Après son décès en 1901, sa Maison devient « M. Cottenet et Cie Success. marque Henry Binder » à partir de 1903.
Charles, « Binder Aîné » (1871-1904)
Charles reprend des activités de carrossier en 1871 en créant la Maison « Binder Aîné » 40 avenue Ulrich, appelée de l’Impératrice auparavant qui deviendra du Bois [de Boulogne] puis actuellement Foch. Siège, magasins et ateliers sont regroupés dans un quadrilatère bordé des avenues du Bois et Malakoff et des rues Piccini et Duret. Après son décès en 1891, il ne laisse que des filles, dont deux gendres carrossiers Georges Auguste Hesbert associé de la Maison « Binder Aîné » et Alfred Norbert Belvallette. A partir de 1895, sa Maison est reprise par son frère sous l’appellation « Binder Aîné Henry Binder Success. » pour être déménagée 31 rue du Colisée jusqu’à disparition en 1904. Quant à l’implantation avenue du Bois elle est vendue par Hesbert, le mari de sa fille aînée, au comte Boni de Castellane qui y fera édifier son ‘palais Rose’, inspiré du Grand Trianon, avec sa récente très riche épouse américaine Anna Gould.
Jules, « Binder » (1877-1903)
A partir d’avril 1877, Jules dirige sans son frère Louis auparavant bailleur de fonds dans la société, la Maison Binder, avec une qualité de fabrication reconnue, même des anglais parait-il. Mais beaucoup de ses clients sont étrangers et son espace commercial se rétrécit en fin de siècle. Une des dernières récompenses est un grand prix à Bruxelles en 1897. Avec l’abandon du libre échange en faveur du protectionnisme, la Maison Binder perd la plus grande partie de sa clientèle qui se trouvait à l’étranger en Espagne, dans l’Amérique du Nord et dans l’Amérique du Sud et de ce fait, à partir de 1889, époque de mise en vigueur des tarifs de protection, son chiffre d’affaires diminue dans des proportions considérables. A son décès en 1899, la seule clientèle de Jules était exclusivement française et lui était personnelle. En dehors du matériel et des marchandises, l’établissement industriel n’avait aucune espèce de valeur d’après l’acte d’inventaire après décès. La Maison « Binder Frères » est mentionnée pour la dernière fois en 1903 dans l’almanach du commerce de la ville de Paris. Henry Léon Binder, fils du défunt, demeurant 49 rue Ampère, y est également mentionné carrossier de 1900 à 1902, très certainement pour mener la liquidation de la Maison. Ce dernier décèdera en 1915, seul Binder de la lignée Jean Jacques à laisser derrière lui une descendance mâle. C’est la fin des Maisons Binder : « Binder » en 1903, « Binder Aîné Henry Binder Success. » en 1904, « Henry Binder » en 1903. Seule la Maison « Henry Binder » trouve successeur et se reconvertit progressivement à l’automobile avec « M. Cottenet et Cie Success. marque Henry Binder » à partir de 1903. Le repreneur M. Cottenet était un ingénieur des Arts et Manufactures embauché par Henry en 1882. Ce dernier figure sur l’almanach du commerce de la ville de Paris jusqu’en 1922. La marque « Binder H. carrossier », installée au même endroit qu’à la création par Henry au 59 avenue Franklin Roosevelt, anciennement appelée d’Antin, disparaît définitivement des registres de commerce en 1951. Louis, retiré de la Maison Binder depuis 1877, décède en 1910, et son fils Maurice, ancien député et colonel, célibataire, en 1944.
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