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Il arrive parfois, en concours de Tradition, qu’un juge dise à un concurrent : « vos gourmettes ne sont pas des gourmettes d’attelage ! » et qu’il le sanctionne de ce fait...
Il apparaît donc indispensable de se poser la question : « qu’est ce donc qu’une « vraie gourmette d’attelage » ?
Il faut avouer que les bons auteurs et les Anciens sont peu bavards sur le sujet et qu’ils cèdent là le pas à la fameuse tradition orale dont on sait ce qu’en vaut l’aune ...
Il reste donc à se tourner vers les catalogues d’époque qui proposaient ces accessoires et à étudier photos, dessins ou gravures illustrant ces ouvrages.
Avant de définir ce que doit être la gourmette moderne, un court historique s’impose.
C’est au XVIème siècle qu’apparaissent les premiers mors « abaisseurs » munis de gourmettes et de fausses gourmettes parfois multiples.
Les Maîtres éperonniers du XVIIème produiront un nombre considérable de modèles différents de mors « de bride » admirablement forgés et décorés que l’on retrouve dans les collections du Musée de l’Armée à Paris ou dans des collections privées comme celle remarquable de E. et G. de la Boisselière, en Belgique
Les gourmettes, (photo ci dessous) y sont toujours lourdes, épaisses, à anneaux ronds ou carrés, torsadés, souvent armées de piquants qui les rendent agressives, véritables instruments de torture.
Les fausses gourmettes, chaînettes de fer, sont toujours présentes : Elles unissent les montants inférieurs du mors et sont souvent multiples, parfois rigides et fixes et s’apparentent ainsi à la « barrette » que l’on trouve de nos jours sur les « mors fermés ».
Ces fausses gourmettes avaient pour fonction, de maintenir la gourmette en place et d’assurer la position des branches du mors, souvent très longues et susceptibles de s’écarter. Elles étaient aussi destinées à éviter que les guides ou les rênes ne passent entre les deux branches et surtout à empêcher le cheval de prendre « le mors aux dents ».
On peut donner la définition suivante d’une gourmette moderne:c’est une chaînette composée d’une série d’anneaux ovales, vrillés et écrasés, de diamètre et de poids croissant des extrémités vers le centre. Enroulée sur elle-même de gauche à droite elle forme une surface plane qui s’applique sur les ganaches sans les traumatiser. Elle permet l’action de frein du mors de bride dont elle constitue une composante indispensable.
Un anneau rond, mobile, pend en son centre , destiné à recevoir une fausse gourmette, en général de cuir rond, servant à maintenir la gourmette en place sans qu’elle batte mais aussi à empêcher le cheval de saisir entre ses lèvres ou ses dents les branches inférieures du mors.
Ces gourmettes peuvent être revêtues de cuir, de tissu, ou de caoutchouc afin de les rendre plus douces.
Différents types de gourmettes.
On distingue :
La gourmette d’équitation, le plus souvent à doubles mailles, est constituée de 22 ou 24 anneaux de taille moyenne qui mis sur leur plat forment une surface lisse, unie. Elle porte toujours un anneau rond et libre en leur centre.
La gourmette d’attelage est à mailles simples, faite d’anneaux plus gros et plus larges au nombre de 15 à 17, parfois de taille croissante des extrémités vers le centre. En fer étamé ou nickelé,ou encore d’acier inoxydable : Toutes portent, à de rares exceptions près, un anneau libre central. Certaines ont des fixations latérales à mousquetons ou à crochets. Elles sont toujours de couleur « argent », jamais dorées.
A quoi servent la gourmette et la fausse gourmette ?
La gourmette est une pièce indispensable au bon fonctionnement d’un mors de bride quel que soit le modèle de celui ci, d’équitation ou d’attelage, de type Liverpool, Buxton, Wellington, de cavalerie, à lunettes ou à branches courbes ...
Un mors de bride constitue un levier du deuxième genre inter résistant (ou abaisseur), dont les points d’appui se situent : d’une part, en haut, au niveau des anneaux de têtière du porte mors ; d’autre part, en bas par l’action de la gourmette appuyant sur les ganaches, la force exercée se transmettant au niveau de la nuque par la têtière.
les bras de levier sont les deux branches du mors,
les résistances sont sur les barres,
la force réside dans la tension des guides.
Il apparaît donc évident que sans gourmette le mors de bride ne peut avoir aucun effet abaisseur, tout au plus peut il agir sur les commissures des lèvres, comme un simple filet.
Jadis chaînette de fer, de nos jours jonc de cuir rond muni d’une petite boucle ou sangle plate (voir photo 16), elle se fixe sur le dé ou œil de perdrix situé sur les branches inférieures du mors. Peu de mors d’attelage sont porteurs de ces dés ; la fausse gourmette peut cependant s’établir sur la passe du bas des branches. Elle vient ensuite passer dans l’anneau central de la gourmette qu’elle stabilise.
Autre possibilité peu connue : la fausse gourmette peut aussi être utilisée tirant vers le haut ; elle porte alors un anneau central et une petite sangle vient la fixer à la sous gorge et la maintient vers le haut. Max Pape, dans son ouvrage « L’Attelage », en donne un exemple (fig 114) : Ce dispositif permet de faire porter la gourmette sur une partie vierge des ganaches alors que la zone habituelle serait calleuse, blessée et trop sensible.
Anneau ou pas anneau, telle est la question !
Nous avons consulté une série de catalogues et d’ouvrages anciens, dont voici la liste :
Million Oncle et Neveu (MON) 1891
Lupin à Paris (LE) 1893
Lambert à Paris 1912
Garsault. Le nouveau parfait maréchal ; 1754
Commandant Jouffret Conduite en guides 1889
Faverot de Kerbrech : L’Art de mener ... 1903 -
Max Pape Attelage 1966
Toutes les gourmettes présentées, à quelques exceptions près, portent un anneau central.
Il faut donc en conclure que les gourmettes ont été crées munies de leur anneau central et que la présence de celui ci n’est pas fautive sur une bride d’attelage, même si de nos jours l’usage de la fausse gourmette est devenu rare.
Il apparaît donc nécessaire de dissuader les juges d’attelage de Tradition de pénaliser les concurrents qui utilisent des gourmettes conçues dans les règles de l’art.
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Références
Eperonnerie et parure du cheval. E.&G.de la Boisselière. Edition Racine 2005
Carlo Gnecchi Ruscone . NOTIZIARIO 1/2006
Ivo Baldisseri . NOTIZIARIO 4/2005
Ainsi que les ouvrages cités dans l’article,
Crédit photographique
Les photos marquées CGR sont de Carlo Gnecchi Ruscone. Notiziario .GIA. Italie
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