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(Libre traduction et notes par HB, d’un article d’ Elvezia Ferrari ; rassemblant les opinions contradictoires des Maitres de la Tradition sur ce sujet ; paru dans le Notiziario du GIA, N°2/2007).
Cocarde : nom attesté au XVIème siècle, dérivé de l’adjectif « coquard »lui-même venant de « coq », pour designer un vaniteux, caractère communément prêté à cet animal, iL évoque la crête redressée d’un coq.
La cocarde, voilà un sujet qui suscite de nombreuses polémiques et laisse les amateurs perplexes : faut il, ou non, que les hauts de forme des cochers et grooms en livrée portent des cocardes ? Pour tenter de répondre à cette épineuse question nous citerons les auteurs les plus autorisés qui, durant des décennies se sont intéressés ou a pratiqué l’attelage selon la tradition, acquérant ainsi une expérience qui leur confère une crédibilité incontestable.
Au XVIIème siècle, les soldats Croates au service de la France (qui nous ont aussi donné la cravate et qui formèrent le noyau primitif du régiment « Royal- cravate ou croate » portaient à leur coiffure un bouquet de plumes de coq, cet ornement devint à la mode et reçut le nom de COCARDE qu’il conserva quand on eut substitué la bouffette de rubans aux plumes de coq. Si cette étymologie est exacte il y aurait là un rapprochement singulier à faire avec l’oiseau hardi, bruyant et polygame qui est notre emblème national qui fut notre emblème national. D’autres ont voulu voir dans la cocarde une imitation e la crête de coq. Quoi qu’il en soit, la cocarde militaire, dans sa forme consacrée, est en usage depuis le règne de Louis XIII ; mais peut-être en trouverait-on des exemples avant cette époque, car la transformation des bouffettes en vraies cocardes n’a pas dû s’accomplir d’un seul coup. On les porta de diverses couleurs. Ainsi nous voyons que, pendant la guerre de succession d’Espagne, les Français la portaient blanche et rouge ; dans la guerre de Sept ans, elle était blanche et verte. Un règlement de 1767 prescrivit qu’elle serait de basin. Telle était la cocarde nationale à l’époque de la Révolution. Le blanc était la couleur de France depuis l’avènement des Bourbons (1589, Henri IV).
Benno Von Achenbach
( « Anspannen und Fahren » Berlin 1899 )
En tenue de campagne on porte un feutre noir, bien entendu sans cocarde.
Ceux qui aiment le haut de forme de feutre (les gris sont une dépense inutile et totalement inadaptés en cas de pluie ou par temps froid), doivent donc choisir le noir.
Pour les attelages de ville ou cochers et grooms sont en livrée, ces derniers portent le haut de forme de soie, mais pas le même que leur maitre.
Ce chapeau doit être rigide et solide devant supporter la pluie et le vent, (comme celui que l’on porte pour monter à cheval) ; il doit avoir un ruban de gros grain, le bourdalou, à la jonction de la partie verticale et des bords qui sont, étroits, repliés vers le haut et garnis du même ruban. Le haut de forme du maitre porte un ruban plus large de gros grain noir. Le personnel porte une cocarde simple, de cuir verni noir pressé. Les cocardes de couleur sont l’apanage des livrées des ambassadeurs qui portent les couleurs de leur nation et non celles de leur famille.
Les hauts de forme bas à bords larges (ceux qu’utilisent les dames lorsqu’elles montent à cheval) sont une mode venant d’Amérique, très mal interprétée, une imitation sans aucun sens des chapeaux portés par les postillons en 1830.
Comte Karl Gustav Wrangel
(« Das luxus Farhwerk » Stuttgart 1898)
La coiffure toujours neuve du cocher ne se distingue e rien de l’élégant haut de forme du propriétaire. Un chapeau démodé ou usé sur la tête d’un cocher menant un attelage laisse toujours à penser qu’il s’agit là de vieux accessoires ayant appartenu au maitre.
Des rubans autres que noirs sur les chapeaux ne s’adaptent évidement pas avec une livrée à l’anglaise, mais les cocardes peuvent être considérées comme correctes et conformes au style si elles portent les couleurs du propriétaire.
Pour une personne ne possédant pas ‘armoiries, la cocarde est totalement privée de sens
Diana Brownlie (in.Encyclopedia of Carriage Driving de Sallie Walrond Londres 1974)
Les cocardes ont été introduites en Grande Bretagne, venant d’Allemagne, du temps de Georges 1er (1660/1727). A l’origine, il s’agissait d’une boucle ou fibule destinée à fermer les tricornes.
Leur usage était limité au personnel de la famille royale. Par la suite, les personnes au service des officiers supérieurs de l’Armée et de la marine comme le Lord Lieutnant ou le Deputy Lieutnant, officiers civils de la couronne, furent autorisés à porter la cocarde. Ces cocardes étaient ovales et plus petites que celles de la Maison Royale qui sont rondes, de plus seule les officiers de l’Armée avaient des cocardes « à éventail ».
D’autres dignitaires dépendants de la couronne pouvaient avoir l’autorisation tacite de faire porter la cocarde même s’ils n’en avaient pas officiellement le droit. Les officiers en retraite par exemple continuaient à utiliser cette distinction sans que nul ne leur en conteste jamais le droit.
En Angleterre, la cocarde noire est caractéristique de la Maison des de Hanovre, la blanche de celle des Stuart (le port de cette dernière étant abandonné de nos jours.)
Les cocardes utilisées dans d’autres pays sont de couleurs diverses : tricolores en France, rouge en Espagne etc....
Tom Ryder « On the box seat » Salem USA 1969
Une cocarde peut être portée sue le haut de forme des serviteurs si la Maison du maitre a droit à cette distinction honorifique.
En Angleterre, ce droit est réservé à ceux à qui la couronne l (a attribué comme certains hauts officiers civils et membres du corps diplomatique, ministres, officiers généraux et amiraux.
Ces cocardes doivent être de cuir et montrer des ornements de teinte unie, ou les couleurs officielles.
Les cocardes es militaires se différencient par leur forme de celles de la marine.
Jack Pemberton
« The Rider and Driver » ( correct appointments in equipage livery for park four) 1929
Les grooms peuvent porter la cocarde sur leur haut de forme si le propriétaire de l’attelage un membre de la Maison Royale, un officier de l’Armée, un ambassadeur...le nombre des pointes de l’éventail dépendant du rang de la personne.
John Cowdery
Carriage Driving, « Presentation and Dressage » 1988
Dans le chapitre dédié à la présentation, dans les concours d’attelage, ne parle que du haut de forme en général, disant qu’il est souvent l’objet de peu d’attentions et devrait être plus soigneusement brossé. Il ne mentionne pas les cocardes.
Max Pape
« Die kunst des fahrens » Stuttgart 1966
Tenue de ville pour le cocher : haut d forme rigide sans reflets, avec ruban circulaire, cocarde de cuir verni noir ou multicolore pour les cochers en livrée.
Andres Furger
« Kutschen Europa des 19 und 20 jahrhunderts » 2003
Avec la tenue de ville, le couvre chef était le haut de forme noir. Le personnel d’un officier de l’Armée ou des diplomates d’une maison régnante, portaient comme signe distinctif de leur rang, une cocarde noire ou de couleur sur le coté droit de leur haut de forme, ce qui d’une certaine manière est l’équivalent de la cocarde CD, ou de la cocarde de député utilisée de nos jours.
Cet usage, d’origine britannique, s’est répandu sur le continent au cours du XXème siècle et la cocarde devint une distinction généralisée à tous les grooms et cochers même dans des pays profondément démocratique.
Faverot de Kerbrech
« L’Art de conduire et d’atteler, autrefois, aujourd’hui ». Paris 1903
Il n’y jamais eu à proprement parlé de règles pour la composition des livrées. Mais, il s’est établi dans les temps modernes, certains usages qu’il est intéressant de connaître.
Pour le service à l’anglaise, qui est celui de tous les jours : les cochers portent un chapeau galonné avec la cocarde nationale tricolore, pour le Chef de l’Etat, les Ministres, les Ambassadeurs, les Maréchaux ou Amiraux et quelques rares personnages de distinction à la désignation exclusive du Chef de l’état.
Le chapeau peut être tout noir, avec ou sans cocarde noire. Cette cocarde est anglaise et ne devrait pas régulièrement être portée dans les maisons françaises, mais elle &a été cependant assez répandue à Paris dans le monde élégant.
Tenue des valets et des grooms, comme pour les cochers
Carlo Gnecchi Ruscone
« L’attelage en Italie » Milan 2004
La cocarde se définit comme une rosette de rubans, d’une ou plusieurs couleurs représentant le drapeau d’un état ou les couleurs d’un blason familial, elle se porte en général comme un signe distinctif de service.
Historiquement, depuis plus d’un siècle, des coiffures de formes très diverses se sont succédées dans le temps, portées par des militaires de tout grade, des fonctionnaires, des officiers civils ; elles faisaient partie d’un uniforme ou d’une livrée et portaient une cocarde sur le coté gauche.
Les cochers et grooms au XVIIIème siècle portaient un tricorne avec cocarde, au XIXème, un bicorne « en bataille » (pointes à 9 et 3 heures.) Puis, se généralise le haut de forme avec cocarde.
De nos jours se pose la question : la cocarde est elle obligatoire sur les hauts de forme des cochers et de grooms ? Et là commencent les polémiques et s’opposent diverses théories et se racontent des légendes selon lesquelles la cocarde serait l’apanage des familles nobles ou d’une certaine caste, ou encore concédée par décision royale...
Il est bien difficile d’authentifier avec certitudes ces allégations fantaisistes qui pourtant se répandent avec beaucoup de facilité. Il ne s’agit pas là d’une tradition (comme par exemple celle qui voulait que le nombre des chevaux attelés à une voiture, huit, six, quatre ou trois, soit un privilège réservé à des personnalités de rang différent, et qui est historiquement documentée).
Pour les cocardes, nous nous trouvons dans le domaine du « on dit », de l’affabulation ou de la pure invention.
On peut supposer que ces improbables théories soient nées d’interprétations erronées de certains observateurs qui, à la fin du XIXème, constataient en effet que les cocardes étaient portées sur les hauts de forme des serviteurs des aristocrates ou des diplomates et qui en ont conclu trop rapidement qu’elles étaient réservées à ces castes privilégiées.
La vérité est toute autre et bien plus simple : à cette époque, les personnes disposant de leur propre équipage, étaient presque Exclusivement des aristocrates, mais la cocarde ne doit pas pour cela être considérée comme un emblème aristocratique comme le serait une couronne ou un blason peints sur une portière de voiture ou présents sur des harnais, ces ornements étant, eux, strictement réservés aux ayant droits.
Plus encore : la cocarde n’était pas exclusivement portée par les personnels des grandes maisons, elle l’était par de nombreux employés des services publics comme en témoignent de nombreuses photographies de la fin du XIXème et début des XXème siècles. La documentation concernant les cocardes de hauts de forme pour les livrées de maisons privées est abondante mais plus rare est celle concernant les administrations, elle existe cependant. Un exemple : sur toutes les photos des catalogues de la « Société anonyme des omnibus de Naples »datant du début du XXème et qui était la principale entreprise de transport public intra et extra muros, le personnel en tenue porte un haut de forme avec cocarde bien visible.
Mais, il existe aussi des représentations de très beaux attelages dont les cochers et grooms en livrée, ne portent pas la cocarde sur leur haut de forme ( voir : F. Underhill » Driving for pleasure » 1896)...Pourquoi ? La réponse est très simple : de tout temps des erreurs ou fautes de style ont été commises, dans le passé tout n’était pas forcement parfais, et cette omission en est la preuve !
De nos jours, que doit-on conseiller aux meneurs de tradition ?
un concurrent qui présente un attelage « ordinaire », avec une voiture et des harnais de qualité moyenne, doit il utiliser le haut de forme à cocarde ? A notre avis, la réponse est NON, car, le haut de forme implique un équipage important et de qualité.
Un concurrent menant qui présente une voiture élégante avec des chevaux et harnais de qualité, ne peut se présenter correctement sans que son personnel porte la cocarde.
Il existe, dans la tradition, trois principaux modèles de cocardes :
Cocardes de gros grain de soie noire, destinée aux hauts de forme « plume de soie », les plus élégants.
cocarde de drap de laine, pour les chapeaux de drap encore fabriqués de nos jours.
Cocarde de bois sculpté, vernie noir ou aux couleurs, pour le haut de forme laqué, utilisé les jours de pluie.
Il faut aussi citer les cocardes de rubans de soie, souvent rouges qui ornent les frontaux des brides de gala des chevaux du Cadre Noir,
La cocarde la plus sobre est noire, elle s’adapte à toutes les couleurs de livrées, elle peut être de couleurs correspondant à celles de la livrée. Actuellement, un concurrent peut utiliser des livrées anciennes avec hauts de forme à cocarde d’origine ; soit les faire confectionner à grands frais, sur mesure.
Il faut de toute façon rester fidèle aux modèles d’époque et nous conseillons invariablement la couleur noire et une taille discrète, ni trop volumineuse ni trop voyante comme cela ne s’observe parfois ... Il n’est pas exclu, bien entendu que dans d’autres pays, l’usage de la cocarde soit différent du notre.
La cocarde est toujours portée à gauche, comme le sont traditionnellement toutes les décorations.
Il semble de dire quelques mots sur le bourdalou qui est le ruban noué par un papillon sur le coté gauche de tous les chapeaux. Il doit être de gros grain de soie noire. Les jours de pluie ou le haut de forme laqué imperméable était utilisé, le ruban était d’argent ou doré, selon les couleurs de la bouclerie du harnais et les ferrures de la voiture.
Pour conclure
Il apparaît que les avis des spécialistes sur la question des cocardes, pour une présentation correcte, sont assez discordants. Les juges les plus compétents de la tradition française ou allemande interrogés disent ne pas tenir compte de ce détail dans leur notation et que leurs collègues suivent cette voie ;
Cependant « The Royal Mews », dans l’ouvrage de mary Stewart - Wilson (1991), qui décrit et illustre dans ses moindres détails, les attelages de la Couronne anglaise, on lit : bien que cette convention ne soit pas toujours observée dans la pratique, l’usage de la cocarde est réservé au personnel de la famille royale et à ceux qui servent la couronne...
Cela peut expliquer pourquoi, un des plus célèbres meneurs de coach anglais, membre depuis des décennies du prestigieux Coaching Club, et qui participe régulièrement aux concours de tradition, Outre Manche comme sur le continent, William Ginns, présente un magnifique équipage avec deux grooms en livrée parfaitement classique dans ses moindres détails, mais avec des hauts de forme sans cocardes. Si vraiment les cocardes étaient indispensables, ne les aurait il pas adoptées depuis longtemps ?
On ne peut non plus penser qu’il manque d’informations vu l’ambiance dans laquelle il gravite ...et cela ne l’empêche cependant pas de remporter très régulièrement des premières places dans les prestigieux concours, comme celui de Windsor, auxquels il participe.
Cet article a inspiré à Carlo Gnecchi Ruscone une série d’observations et de considérations que nous rapportons ici
Haut de forme et cocardes, détails négligeables ?
On pourrait penser ; et, de fait, c’est ce que pensent certains, parfois même des juges ; que l’absence ou la présence de cocarde sur les hauts de forme soit un détail absolument négligeable et insignifiant dans l’ensemble du jugement de la Présentation. Mais il n’en est rien ! Les juges doivent, ou devraient noter en tenant compte d’une infinité de détails auxquels ils attribuent un certain nombre de notes : cheval, harnais, voiture, équipage...Le temps imparti pour accomplir ce travail est toujours réduit et ne laisse pas au juge la possibilité de s’attarder sur chaque détail, la note donnée résumera donc un nombre important d’évaluations.
Bien que la « futilité » du problème posé par les cocardes soit avancée, il faut affirmer que ce détail est bien une composante de la tradition et non une simple question de mode pouvant varier en fonction des pays ou la tradition peuvent différer, créant une apparente discordance. On sait qu’au Royaume Uni des traditions spécifiques sont fortement établies, il n’y a donc rien d’étonnant de voir les meneurs Outre manche présenter leurs grooms sans cocardes.
On sait aussi que sur le Continent, nombre de pays occidentaux se sont largement inspirés des traditions anglaises mais, qu’en même temps, ils ont élaboré leurs propres traditions. (Ceci non sans quelques contradictions manifestes dues au manque d’adaptation de ces habitudes britanniques comme : le menage à droite malgré une circulation à gauche, monter en voiture à gauche malgré le menage à droite, la position des grooms à terre en attelage à quatre etc.) Ceci étant dit, on peut affirmer que, à la fin du XIXème et début du XXème siècle, ceux qui pouvaient se permettre d’avoir un équipage avec cocher en livrée portant haut de forme, appartenaient au cercle fermé de l’aristocratie ou de la haute bourgeoisie pour qui le haut de forme noir à cocarde noire devint la règle pour les cochers, ce fut le cas en Italie comme en France. Les cocardes de couleur devinrent en revanche l’exception car trop voyantes et ostentatoires.
Les archives photographiques de l’époque montrent bien que, sur tous les équipages élégants, le personnel porte hautes de forme avec cocarde.
C’st pourquoi, on doit retenir que, de nos jours, à l’exception de la Grande Bretagne, si on se présente avec une voiture de ville importante, on ne peut faire à moins que d’observer cette règle.
Le haut de forme de la couverture du Notiziario
Ce très beau chapeau est un haut est un haut de forme de costume d’époque, très estimable par sa qualité, son état de conservation et son authenticité, néanmoins, ce n’est pas une coiffure utilisable sur un attelage de tradition.
Il serait parfaitement adapté pour une représentation théâtrale ou un défilé en costume d’époque, mais en aucun cas il ne peut être porté par un cocher ou un groom pour une présentation où ne doivent être utilisés que des hauts de forme de drap noir ou de ‘plume de soie », ou encore vernis en cas de pluie. Les coiffures de tissu de coton ou de soie étant exclues.
Quelque soit la qualité de ce chapeau, il ne faudrait pas qu’il soit pris comme modèle à utiliser en tradition ou les tenues « d’époque » ne sont pas admises. CGR.
Crédits photographiques :
Collection C. Gnecchi Ruscone Inzago (Italie)
Collection « La Lodovica » Oreno di Vimercate (Italie )
Photos HB